Quand les voleurs traquent en silence
La découverte d’un traceur GPS dissimulé sur une voiture par le site Zataz met en lumière une méthode discrète, redoutable et de plus en plus utilisée par les réseaux criminels pour surveiller et voler véhicules et domiciles.
C’est une affaire qui fait froid dans le dos. En apparence banale, presque invisible, elle révèle pourtant une évolution inquiétante dans la manière dont les voleurs ciblent leurs victimes. Zataz a récemment mis au jour un petit dispositif caché sous une voiture : un traceur GPS autonome, camouflé, mais redoutablement efficace. Ce n’est pas un simple gadget. C’est une balise connectée utilisée pour suivre à la trace un véhicule… et potentiellement son propriétaire. Derrière cette trouvaille, se dessine un nouveau visage du vol, plus technologique, plus organisé, et bien plus difficile à détecter. Un signal d’alarme pour les automobilistes, et un défi croissant pour les forces de l’ordre.
Une technologie à double tranchant
Les traceurs GPS ont longtemps été l’apanage des sociétés de transport, des services d’urgence ou des conducteurs soucieux de retrouver leur véhicule en cas de vol. Mais aujourd’hui, ces dispositifs tombent dans des mains moins bien intentionnées. Le traceur découvert par Zataz est un modèle compact, capable d’envoyer la position du véhicule en temps réel via les réseaux GSM. Il est alimenté par une batterie interne, avec une autonomie qui peut dépasser plusieurs semaines. Son apparence ? Une boîte noire de quelques centimètres à peine, difficile à distinguer d’un élément mécanique classique.
Dans le cas révélé par Zataz, [voir en vidéo] le propriétaire du véhicule n’avait aucune idée de sa présence. Ce n’est qu’après une inspection approfondie, réalisée dans le cadre d’une suspicion plus large, que l’objet peut être repéré. Dans le cas que je vous relate aujourd’hui, le tag est tombé par terre, dans le garage. Il s’était décollé aprés un dos d’âne certainement plus violent que de coutume. Une découverte qui soulève une question de fond : combien d’automobilistes roulent aujourd’hui avec un traceur sous leur voiture… sans le savoir ?
En 2021, les autorités américaines alertaient sur l’utilisation des Air Tag Apple pour « espionner ».
Des réseaux organisés et très méthodiques
Les voleurs de voitures ne sont plus des bricoleurs de fortune opérant à la hâte. Aujourd’hui, les vols s’inscrivent dans des logiques industrielles, souvent coordonnées depuis l’étranger, avec des filières spécialisées. Le traceur GPS est une pièce maîtresse de ce puzzle criminel. Il permet de suivre discrètement un véhicule sur plusieurs jours, de cartographier les habitudes du conducteur, d’identifier les moments où la voiture est isolée ou garée dans un lieu facile d’accès.
Mais le plus inquiétant reste la possibilité de relier ces informations à la vie privée du propriétaire. Une fois la voiture géolocalisée jusqu’à son domicile, le traceur devient un outil de repérage pour d’autres délits. Un départ en vacances, une absence prolongée : autant d’opportunités pour des cambrioleurs connectés, capables de frapper quand la maison est vide. Le véhicule devient alors un appât, ou une porte d’entrée vers des cibles plus lucratives.
« La cybersécurité ne s’arrête plus aux écrans »
C’est ce que je vous rappelle, via Zataz, sur la convergence entre numérique et criminalité. Dans le cas du traceur GPS, la technologie devient l’arme d’un nouveau type de délinquance, difficile à anticiper. Les balises sont vendues librement sur Internet, parfois pour quelques dizaines d’euros. Elles n’ont rien d’illégal en soi — tout dépend de leur usage. Mais dans les mains d’un réseau organisé, elles deviennent un outil de filature quasi invisible.
Un changement que les particuliers commencent à peine à comprendre. Car si les professionnels du renseignement ou de la sécurité privée sont formés à repérer ce type de dispositifs, l’automobiliste lambda, lui, ne dispose ni du matériel ni des réflexes nécessaires. Pas question de tomber dans la paranoïa. Il faut être prudent. Vous avez acquis une nouvelle voiture ? Vous travaillez dans un secteur qui peut attirer des convoitises malveillantes ?
En 2024, la France a enregistré 138 100 vols de véhicules, selon les forces de l’ordre. Parmi les modèles les plus ciblés, la Renault Clio IV arrive en tête avec 2 283 vols, suivie du Peugeot 3008 II (1 504 vols) et du Peugeot 308 II (1 462 vols). Les départements les plus touchés sont les Bouches-du-Rhône avec 4 596 vols, le Nord (3 669 vols) et le Rhône (2 684 vols). Ces chiffres soulignent une tendance préoccupante, avec un véhicule volé toutes les quatre minutes en France.
Une inspection qui s’impose
Repérer un traceur GPS demande une certaine vigilance. Il ne suffit pas de jeter un œil rapide sous la voiture. Les balises sont souvent dissimulées dans des endroits peu visibles : derrière un pare-chocs, dans les passages de roue, ou même à l’intérieur du coffre. Elles peuvent aussi être glissées dans un compartiment moteur ou fixées sous un tapis. Certains modèles n’émettent aucun signal visible, d’autres sont équipés de LED ou de capteurs de mouvement activés à distance.
Il existe des outils pour les détecter : les détecteurs de fréquences, capables de capter les ondes GSM, GPS, Bluetooth ou Wi-Fi émises par la balise. Ces appareils, vendus entre 30 € et 150 €, permettent de scanner les alentours à la recherche d’un signal suspect. Les modèles les plus sophistiqués disposent d’un écran LED, d’un indicateur de force du signal, voire d’un mode silencieux pour une inspection discrète. Encore faut-il savoir les utiliser correctement : choisir un lieu sans interférences, couper son propre téléphone, scanner lentement et méthodiquement chaque zone du véhicule.
Que faire si l’on découvre un traceur ?
La première tentation serait de le retirer immédiatement, de le détruire, ou de le jeter. Ce serait pourtant une erreur stratégique. Un traceur peut représenter un indice précieux pour les enquêteurs. Il est recommandé de le photographier, de noter son emplacement exact, sa référence, son état. Ensuite, il faut alerter les autorités. Déposer une plainte peut permettre d’ouvrir une enquête plus large, voire de remonter jusqu’au réseau criminel qui en est à l’origine.
Dans certains cas, les forces de l’ordre peuvent même décider de laisser le traceur en place temporairement, pour surveiller qui vient le récupérer. Une stratégie de contre-filature, déjà utilisée dans le cadre d’opérations de police plus larges. Par ailleurs, il est conseillé de faire inspecter tout le véhicule : un tag visible peut en cacher un autre, ou être le symptôme d’une tentative plus complexe de piratage électronique.
Cette affaire illustre un phénomène en pleine expansion : la digitalisation du crime. Les voleurs ne se contentent plus de forcer une portière. Ils utilisent des outils technologiques avancés, souvent achetés en ligne, parfois directement sur les marketplaces grand public. Et ils opèrent avec une discrétion presque parfaite.
Le traceur GPS n’est qu’un exemple. D’autres dispositifs, comme les répéteurs de signal pour ouvrir une voiture sans clé ou les boîtiers OBD pour reprogrammer un calculateur, sont aujourd’hui largement accessibles. Le vol devient silencieux, rapide, indétectable. Et le lien entre le numérique et le monde physique se resserre à mesure que nos voitures, nos maisons, nos objets deviennent « intelligents ». Souvenez-vous du cas des pirates TikTokers de voitures.
Vous voulez suivre les dernières actualités sur la cybersécurité ? Pour rester informé sur les enjeux de cybersécurité, abonnez-vous à la newsletter de ZATAZ. Rejoignez également notre groupe WhatsApp et nos réseaux sociaux pour accéder à des informations exclusives, des alertes en temps réel et des conseils pratiques pour protéger vos données.